Centre Culturel Angevin d'Espéranto / Anĝeva Esperanto-Asocio

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Le 12 mars

(traduction de Manjo Clopeau)


Le 12 mars en me levant, j’ai aussitôt allumé la télévision. Je suppose que toutes les chaînes ont émis, toute la nuit et sans publicité, le programme sur le tremblement de terre. Je n’ai jamais vu d’autres émissions, ni d’autres nouvelles.

La première image que j’ai regardée est celle de la ville Rikusen-Takada avec 28 000 habitants. Sur l’image il ne reste rien, sauf quelques immeubles en béton. Le paysage ressemble aux images de Hiroŝima et Nagasaki après l’explosion de la bombe atomique en 1945. La ville était protégée par une digue de quelques mètres de haut, mais la vague énorme l’a facilement franchie et a détruit toute la ville. Ont suivi d’autres images, qui montraient de même des bourgs et des villages détruits.

Sur la côte de cette région face à l’océan pacifique il y a des petites baies, qui abritent habituellement des typhons, mais le tsunami a facilement atteint ces villages et ces ports, car son onde se concentre de plus en plus, provoquant une vague de plus en plus grande vers le fond.

On voit des images de constructions isolées, entourées d’eau de mer stagnante, avec sur les toits les lettres SOS, des images de wagons couchés et sortis des rails, et des visages inquiets de réfugiés. Après le repas je suis sorti. Aujourd’hui c’est samedi, et d’habitude je vois beaucoup de cyclistes sur les pistes cyclables, mais aujourd’hui rien. J’ai l’impression que tout le quartier est en deuil.

J’ai appelé au téléphone des espérantistes de Sendai et Hukuŝima, et j’ai réussi à en contacter une à Hukuŝima. Elle m’a dit : ’’Quand le tremblement de terre s’est produit, je venais de finir mes courses et étais à l’extérieur du magasin, et c’était comme si j’avais un malaise, tellement mon corps chancelait. Ton appel est le premier depuis le tremblement de terre’’.

L’après-midi une terrible nouvelle est arrivée : on a laissé s’échapper de l’air radioactif de la centrale de Hukuŝima. L’eau manquait pour refroidir le réacteur, et la pression de l’air dans l’enceinte était tellement élevée qu’elle risquait de détruire l’enceinte elle-même. Pour éviter cela, on a laissé fuir l’air pour baisser la pression. L’air est 90 fois plus radioactif que la normale. J’ai souvent dit à mes étudiants que le Japon apparemment est prospère, mais s’il arrivait un accident grave dans une centrale atomique, cette prospérité disparaîtrait un certain temps. Cette crainte que j’avais depuis longtemps est devenue réalité.

A 3h 36 minutes, il y a eu une explosion dans le premier réacteur de Hukuŝima, et les autorités ont annoncé la fusion du bâton de combustible au coeur du réacteur. Le rayon d’évacuation a été porté à 20 km. A la télévision, ce réacteur ressemblait à un squelette et la partie supérieure du bâtiment avait disparu. La radioactivité pouvait se répandre rapidement, et le danger pouvait menacer non seulement les habitants autour de la centrale, mais aussi tous les Japonais, et même les Coréens, les Chinois, les Taiwanais.

A 5 heures, le nombre de morts et disparus était de 1600. Les autorités demandent qu’on économise l’électricité, car beaucoup de centrales sont défectueuses, et il faut s’attendre à une pénurie d’électricité. Dans beaucoup de régions du nord, le courant est coupé, et on vit sans lumière.

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