Centre Culturel Angevin d'Espéranto / Anĝeva Esperanto-Asocio

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Le 24 mars

(transmis par Monique Arnaud)


Le 24 mars

Aujourd’hui encore il a fait anormalement froid avec une température inférieure à 10° dans ma maison. Il a même neigé dans certaines villes sinistrées.

Les mauvaises nouvelles :
1. 3 travailleurs du réacteur n°3 ont été fortement irradiés et ont été hospitalisés.
2. Dans quelques villes on a mesuré dans l’eau une radioactivité plus élevée que la normale pour les bébés. Les villes concernées distribuent de l’eau aux mères avec bébés.

Retour vers la normale :
1. Dans la ville de Kamaiŝi on a commencé à vendre de l’essence à 1900 yens (19 €) les 19 litres.
2. Dans certaines villes le gaz est de nouveau en service.
3. La route entre Tokyo et Aomori a été ouverte à tous les véhicules.

Problèmes :
1. Dans la ville de Oohunato on a amassé 500 véhicules sinistrés dans un terrain vague, mais il est difficile de trouver les propriétaires. Sans leur autorisation, la ville n’a pas le droit de s’en débarrasser. Elle ne peut pas non plus trouver une usine pour les mettre en pièces détachées.
2. La province de Mijaĝi a enquêté dans les centres de réfugiés sur les orphelins qui avaient perdu leurs parents. Jusqu’à présent on en a trouvé un seul.
3. Beaucoup d’entreprises hors des régions sinistrées ont arrêté la production par manque de pièces produites dans ces régions sinistrées. A Manille, aux Philippines, les usines de téléphones portables sont à l’arrêt. Il se peut que des usines d’automobiles japonaises aux USA et au Canada arrêtent leur production. Une fabrique, qui produit 40% des pièces appelées maikom (pièce pour ordinateurs) dans le monde, est sinistrée, cela aura donc des conséquences sur le monde entier.

Des mots touchants :
Le fameux lieu touristique Ĵoodo-ga-hama, belle plage de la province Mijaĝi, a été sinistré. Le responsable du centre touristique a dit : ’’Nous ne pouvons pas revenir en arrière, mais nous pouvons aller vers l’avant, pas après pas’’.

Une vieille dame est revenue chez elle pour rechercher son petit-fils disparu. Elle ne l’a pas trouvé, mais à la place elle a trouvé un petit arbre de ume (abricotier du Japon, j’ai joint une fleur de ume dans le rapport du 20 mars), qui se tenait intact dans le jardin plein de débris. Sur l’arbuste elle a trouvé 4 bourgeons. Elle l’a caressé en pleurant, décidant d’en prendre soin comme de son cher petit-fils.

Mars est le mois des cérémonies de fin d’étude. Cela doit être un jour joyeux pour tous, mais pour ce père, non. Il a perdu son fils de 15 ans. Il était à la cérémonie pour recevoir le diplôme de son fils.

Après la cérémonie ces étudiants se sont rendus au centre de réfugiés et ont chanté la chant ’’foyer’’, parlant du foyer chéri où on chassait les lièvres et pêchait les poissons. A ce jour tous les réfugiés ont perdu leur foyer chéri.

Il y a tellement de morts qu’on ne peut pas faire de crémations, mais on les enterre. On a dit adieu à nos chers parents dans le temps froid.

On a mesuré une radioactivité trop élevée dans les épinards et d’autres légumes, et on a ordonné de ne pas les apporter sur le marché. Les cultivateurs n’y sont pour rien. Pourquoi doivent-ils devenir les victimes de l’accident ?

Les anciens ont été les moteurs du progrès japonais d’après-guerre. Ils pourraient finir leurs jours heureux dans des maisons de retraite, mais leur sort s’est subitement assombri. Ils ont dû se réfugier dans les centres, et déjà un nombre non négligeable est mort de froid et par manque de soins.

Les tremblements de terre sont fréquents. Déjà aujourd’hui il y en a eu deux assez importants. J’ai toujours l’impression que je tremble, même sans tremblement de terre. Pour savoir si c’est un vrai tremblement de terre ou une illusion, j’ai suspendu une cravate avec l’étoile verte.

HORI Jasuo (s-ro)

- Espéranto-Angers -